Turf Magazine


Éditorial
Place au feu d'artifice ! Bernard Delaitre

La voilà enfin cette classique tant attendue, la Afrasia Barbé Cup 2012. Avec comme prétendants sérieux à la victoire un duo exceptionnel, Green Keeper et Il Saggiatore auxquels on aurait pu avoir ajouté l'absent de dernière minute, le prometteur cheval de l'écurie Merven, Super Storm qui a dû déclarer forfait parce que souffrant. Selon toute probabilité, le chronomètre va encore une fois s'affoler sur les 1600 mètres du Champ de Mars car, contrairement à la Coupe d'Or 2012, le frontrunner Green Keeper, devenu certes plus maniable, n'aura pas une promenade de santé aux avant-postes de cette épreuve car l'écurie Gujadhur a engagé dans cette course Solar Symbol et Modern Monet, capables de le perturber dans sa cavale à l'avant et imposer un rythme d'enfer à la course, ce qui serait un avantage certain pour Il Saggiatore, le fer de lance de la casaque bleu électrique, écharpe rouge à qui les 1600 mètres conviennent bien mieux qu'au favori de l'écurie Rousset, Senor Versace et Acuppa, les autres cartes maîtresses de la plus vieille écurie du turf, qui doit se racheter de sa contre-performance de samedi dernier, si l'on excepte la victoire de Eskimo Roll.Mais le duo Gilbert Rousset-Soodesh Seesurrun a aussi d'autres cartes majeures en main si Green Keeper courbait prématurément l'échine. Avec le très régulier Intercontinental qui a devancé Acuppa lors de leur dernière confrontation et surtout Captain's Knock qui aurait dû avoir gagné sa course de rentrée sur 1400 mètres, il possède des cracks qui vont se manifester au finish. On ne peut évidemment écarter Royal Chalon de l'écurie Ramdin, capable de mettre tout le monde d'accord en ayant un œil, plus pour les places, sur Profit Report, qui a supplée Seattle Ice, blessé, chez Serge Henry, et Mr Black Tom de l'écurie Foo Kune.

Si nous avons un penchant personnel pour Captain's Knock à poids d'âge sur 1600 mètres, il est indéniable que sur papier le final devrait se résumer à un duel Green Keeper-Il Saggiatore avec un infime avantage au cheval de l'écurie Gujadhur vu la configuration des partants sur cette distance. Mais, samedi dernier, la glorieuse incertitude du turf a vu s'effondrer deux hyper favoris, imbattables sur papier, le Gujadhur Acuppa et le Rousset Captain Thriller, ce qui donne de la place à ceux qui souhaitent voir monter un outsider sur la plus haute marche du podium. En tout cas, la course sera de toute beauté et il ne faut à aucun prix la rater. Le déplacement au Champ de Mars à cette occasion s'avère donc avisé d'autant que le programme de la journée est alléchant avec des épreuves très ouvertes. On nous promet un vrai feu d'artifice !

Pas grand-chose à dire cette semaine sinon que les jockeys français, Faucon et Ségéon que nous avions pointé du doigt la semaine dernière se sont, samedi dernier, montrés sous leur meilleur jour, comme le Sud-Africain Morgenrood, ce qui témoigne de leur talent que nous connaissons mais qu'ils « négligent » parfois pour des raisons intrinsèques aux courses mauriciennes mais inacceptables et punissables par les Rules Of Racing.

Ainsi l'« égarement » de Gaëtan Faucon sur Electric Lightning, fort justement sanctionné par les commissaires de courses, lui interdit de monter pour une semaine. Sous les règlements en vigueur, le jockey doit purger sa peine la semaine suivant sa faute, excepté s'il s'agit d'une journée classique où une dérogation est prévue, dérogation à laquelle, à notre sens, on aurait dû bannir pour toute faute autre qu'interférences. Or, il se trouve que le jockey français comme l'ont fait bien d'autres avant lui et que nous avons dénoncés récemment, s'arrogent abusivement de leur droit d'appel, pour monter la journée suivante, surtout s'ils ont des chevaux ayant de bonnes chances, et se permettent allégrement par la suite de renoncer à l'appel pour purger leur peine quand bon leur semble. S'il n'y a pas là abus de droit, ça y ressemble fort. En tout cas, cela constitue une insulte patente à l'administration du club, à l'autorité des commissaires de courses et à l'intelligence du turfiste mauricien.

Puisque le détournement délibéré et la banalisation du droit d'appel pour contourner l'esprit même de cet outil légal, pourtant nécessaire pour se prémunir d'erreurs ou d'abus de droit des autorités, pour « delay » les peines associées aux fautes pourtant reconnues par les fauteurs eux-mêmes - puisqu'ils ont plaidé coupable - ne semble pas intéresser le board des commissaires administratifs, plus enclins en ce moment à savoir qui va faire quoi, qui va être dans telle loge, qu'est-ce qu'on va bien donner à boire aux invités, il serait judicieux pour la Gambling Regulatory Authority (GRA) de se pencher sur cette question comme le lui autorise la loi et d'exiger au MTC de mettre fin au laxisme qui s'installe dans ce domaine. Il est indispensable de mettre un terme à la partie abusive de cette pratique et exiger des peines plus sévères aux contrevenants mais aussi de réserver les amendes en argent aux seules fautes d'inattention (comme les interférences).

Enfin, terminons sur « l'incident », selon des témoins, dont des professionnels qui ont feint de n'avoir rien entendu ou le « pseudo-joke » comme le qualifie ceux qui ont joué aux agwas (intermédiaires) pour minimiser l'affaire, incident intervenu entre le jockey Cédric Ségéon et le nominator Paul Foo Kune après la dernière course de la neuvième journée lorsque Imperial Palace est allé titiller Tizaloochee aux avant-postes lors de cette épreuve de clôture. Selon les dires mêmes du jockey, suite à un lapsus de sa part lors d'une enquête n'ayant rien à voir avec cet incident, et non un rapport en bonne et du forme, le nominateur lui aurait demandé (sur quel ton ? On n'en sait rien mais le jockey affirme que c'était poli) « qui t'a payé pour monter comme ça ? ». Comme le souligne avec justesse le rapport des commissaires de courses, le nominateur aurait dû rapporter tout doute aux Stewards et s'abstenir de faire de telles accusations, fussent-elles sous forme de « joke ». Paul Foo Kune peut s'estimer heureux que les commissaires se soient montrés indulgents à son égard pour cet « égarement » dû à une colère compréhensible sur le vu du déroulement de la course, mais en tant que nominateur il a le devoir de faire preuve de plus de sang-froid. En tout cas, il est venu confirmer, « en joke » évidemment, que des montes suspectes de certains jockeys peuvent être le résultat d'une prime monétaire. Et pour nous, cette situation réelle est loin d'être un « joke ». C'est une réalité hebdomadaire au Champ de Mars !

Entre les petits fours et le scotch qu'on planifie, l'administration du MTC a-t-elle le temps de s'enquérir des réalités du terrain ? On verra tout ça après le feu d'artifice…