|
" La compétence sans autorité est aussi
impuissante que l'autorité sans compétence. "
Gustave Lebon (1920)
Le flou persiste quant aux réelles circonstances ayant
entraîné "la sortie de ses gonds" du jockey
australien Danny Nikolic dans la chambre des commissaires de courses
mardi dernier. Mais, quelles que soient les raisons, la violence
verbale et les tentatives d'agression physique utilisées
par le jockey australien dans les premises mêmes
de cette instance constituent un dangereux précédent
et demeurent tout à fait inacceptables. On s'étonne,
à la lumière d'un communiqué émis
par le MTC, qu'aucune sanction n'a été infligée
au jockey australien pour son comportement digne d'un voyou et
qui ne fait certainement pas honneur à sa réputation
et à celle de la communauté des jockeys de ce pays
dont, heureusement, d'autres représentants, ici, adoptent
une approche plus professionnelle.
Il ne manquera sans doute pas à son retour dans son pays
natal de fustiger l'hippisme local, une des raisons supplémentaires
pour lesquelles nous ne comprenons toujours pas pourquoi les commissaires
de courses et les commissaires administratifs ne l'ont pas lourdement
sanctionné comme le permettent pourtant les Rules of Racing
locaux à l'item OFFENCES AND PENALTIES 213. (3) qui se
lit comme suit :
Any person who :
(a) conducts himself in an improper manner or behaves unseemly
at the racecourse or any premises under the control of the club
;
(b) who has an improper, disrespectful, insulting, defamatory
conduct or behavior at any time and at any place, towards the
club, any committee of the club, any steward, any official
;
(c) whose conduct or behavior has or may have effect of discrediting
horse racing or bringing into disrepute the name of the club
;
(d) whose conduct or behavior has or may have the effect of
discrediting the name, the repute, the integrity and creditworthiness
of a steward
Shall commit an offense under these rules and be liable to
any of the penalties provided under rule 11d qui permet de
le reprimand, caution, warn, suspend from acting or riding,
warn off, disqualify and or fine to a maximum of Rs 250 000.
Alors pourquoi cette indulgence suspecte alors que les rules
permettent pourtant de frapper, et frapper fort ? Pour moins que
cela dans le passé, des professionnels mauriciens ont été
sanctionnés et dans le pays d'origine de Nikolic, il y
a quelques semaines, le jeune jockey qui monte pour l'entraîneur
vedette Gai Waterhouse, Daniel Ganderton, a écopé
d'une amende de $ 500 et d'un mois de suspension uniquement pour
avoir souri à une question du Chief Stipe Murrihy lors
d'une enquête de routine. Et ce, malgré les plus
plates excuses du jockey lui-même (pas de ses employeurs),
des explications de son entraîneur appuyées par le
témoignage d'un psychologue expliquant que le jockey était
sous traitement. Ce qui lui a finalement valu le sursis.
"Administrative Stewards have duly noted the regret formulated
by the employers of jockey D. Nikolic and their decision to consequently
terminate forthwith his contract of employment
have taken
good note and accepted the apologies duly tendered and placed
on record by the employers of jockey D. Nikolic with regard to
the incident involving the latter." On ne sait s'il faut
en rire ou en pleurer mais l'inaction incompréhensible
des commissaires administratifs résulte, comme le suggère
le communiqué du MTC ci-dessus, des regrets, de l'engagement
de licenciement du jockey et des excuses de ses employeurs. Cela
ressemble à une mauvaise blague.
Voilà des employeurs qui pendant les semaines précédentes
n'ont pas cessé de jouer les pyromanes en prétextant
on ne sait quelle victimisation d'un de leur propriétaire
par jockey interposé et qui ont jeté l'opprobre
sur l'intégrité des commissaires de courses en supportant
pour une monte condamnable le jockey Nikolic qui, rappelons-le,
voulait, dans la foulée, partir et qui viennent aujourd'hui
prendre le rôle de pompier. Il y en a qui ne manquent vraiment
pas de toupet ! Mais ce qui interpelle, c'est qu'à aucun
moment le jockey lui-même ne s'est présenté
ou n'a été convoqué au tribunal des commissaires
administratifs ou de courses pour présenter ses excuses.
Et il peut regagner son pays la fleur au fusil. Si on voulait
ridiculiser les instances hippiques mauriciennes, on n'aurait
pas fait mieux.
Personne ne regrettera le départ du jockey Nikolic qui
a connu un parcours quelconque chez nous. Bon débarras
! Mais cette affaire est révélatrice de la nette
dégradation de l'autorité combinée des commissaires
administratifs et des commissaires de courses depuis le début
de cette saison. De nombreux dérapages sont restés
sans réponses ces dernières semaines et c'est cela
qui a mis en chantier le grave incident de mardi dernier qui est
lui aussi resté sans réponse adéquate. Soit
il y a des mains liées au Champ de Mars, soit il y a une
politique de anything for an easy and quiet life. Dans
les deux cas, il y a d'abord matière à moudre pour
les adversaires de la direction d'un club qui sait se montrer
intransigeant vis-à-vis de deux jeunes membres qui ont
maladroitement et sans doute un peu trop agressivement exprimé
un soutien détourné à leur père, mais
qui fait preuve d'une indulgence inexplicable vis-à-vis
de trublions qui jettent un discrédit énorme sur
nos courses et l'industrie tout entière. Il y a ensuite
un dangereux précédent. Que fera-t-on au prochain
professionnel de courses qui viendra s'opposer violemment aux
commissaires dans la chambre ? Se contenter et accepter les excuses
de ses employeurs ? Et si c'était les employeurs eux-mêmes
qui en étaient les auteurs ?
Les dirigeants du Mauritius Turf Club se sont engagés eux-mêmes
dans une dangereuse spirale de perte d'autorité par manque
de vigueur, de constance et de force dans leurs actes. La crédibilité
de la chambre des commissaires de courses a été
fortement mise à mal ces derniers temps avec le manque
de soutien public sans équivoque des administratifs à
l'encontre des attaques dont elle est victime, à tort ou
à raison. Sans autorité, l'institution va glisser
vers l'anarchie. Et l'anarchie c'est souvent les prémisses
d'une fin de règne
|