Turf Magazine


Éditorial
Drôle d'ambiance Bernard Delaitre

Il y a définitivement une sacrée différence entre ce qui se déroule sur la piste et ce qui se passe dans les coulisses au Champ de Mars ces jours-ci.

Le meilleur a actuellement lieu sur la piste et les turfistes ont eu leur dose de satisfaction avec la nouvelle envolée de The Cardinal dont malheureusement on n'avait pas suffisamment mis en exergue le retour au premier plan avec l'affaire Hold My Jacket la semaine dernière. Lors de la 11ème journée, il est venu souffler la victoire au bon cheval de l'écurie Perdrau, Pleasing Dancer, monté à la perfection par un Glen Hatt déterminé - à tel point qu'il avait délaissé pour une semaine son pain/ gâteau piment pour faire le poids - mais qui n'a pu résister au finish dévastateur du cheval de l'écurie Fok. Ce coursier lorsqu'il est sagement monté sur sa distance de prédilection (1365/1400m) possède une pointe de vitesse finale dévastatrice, surtout dans les 100 derniers mètres. Il nous rappelle dans une certaine mesure les fins de course de Dr Kwan qui avait fait le bonheur de l'écurie Ruhee dans les années 70 mais qui était plus éclectique en terme de distance.

Il y a aussi eu le formidable coup de quatre de l'écurie Gilbert Rousset qui connaît avec un effectif moyen un début de saison de rêve avec à la clé un triplé de Shane Dye, revenu au devant de la scène pour de bonnes raisons. On a également noté le retour en forme du tandem Mahess Ramdin/Rai Joorawon, auteur d'un joli doublé avec les très utiles Wings Of Simon et For Keeps. Tout cela dans des courses limpides. Il y a eu vraiment de quoi se réjouir cette semaine, mais ne jubilons pas trop vite car il suffit d'écrire que tout va bien pour que la situation se détériore rapidement.

En revanche, ce qui se passe dans les coulisses inquiète. La valse hésitation du jockey australien Danny Nikolic pour monter samedi dernier après sa suspension écopée la veille est révélatrice du malaise qui s'est installé entre certains professionnels et les commissaires de courses. Le fait que l'entraîneur Bud Gujadhur et le nominator Guy Fok aient manifesté leur soutien à leur jockey en ne se rendant pas sur la piste pour accueillir Le Cardinal renforce ce malaise. Même si nous pouvons comprendre la frustration des uns et des autres, nous pensons que ces réactions publiques et pas fair-play n'honorent pas l'hippisme et auraient dû faire l'objet de l'attention des autorités. Car ce type de manifestation perturbe les turfistes qui ne savent plus si les chances de ces chevaux seront défendues dans les meilleures conditions. En outre, il existe des procédures claires pour protester contre tout éventuel abus des commissaires de courses et il eut été plus professionnel et moins " enfant gâté " de choisir cette voie. Une procédure qui a finalement été choisie.

Certes, le timing de l'enquête qui a abouti, à la veille d'une journée de courses semi classique, à la suspension du jockey Nikolic a de quoi faire monter l'adrénaline des uns et des autres, surtout lorsqu'ils l'estiment injustes. Mais il faut se poser la question sur les raisons obscures pour lesquelles l'enquête en référence n'avait pu avoir eu lieu le mardi comme de coutume, alors que Serge Henry l'autre protagoniste dans cette affaire, justement irrité, avait vainement patienté de longues heures.

Mais il y a définitivement de l'eau dans le gaz entre l'écurie Fok et la chambre des commissaires. Et personne ne peut à ce stade affirmer si les échanges d'idées animés - très animés - entre Bud Gujadhur et Ian Paterson et la demande d'explication du jockey Nikolic au Chief Stipe ont attenué les tensions existantes. Mais il reste un profond désaccord sur ce que les membres de l'écurie Fok, relayés dans nos colonnes par Henry Leblanc qui dit toujours tout haut ce qu'il pense, appellent l'utilisation abusive du Rule 160 (i) des Rules of Racing du MTC " for failing to ride … to the satisfaction of the Stewards " et qui leur cause un préjudice énorme, puis qu' " en dix journées de courses, les deux jockeys engagés par l'écurie, Sherman Brown et Danny Nikolic, ont écopé de dix semaines de suspension ". A tel point que le propriétaire de l'écurie Fok parle de traitement discriminatoire en précisant bien toutefois " souhaiter que cette impression ne reflète pas la réalité ".

L'accusation est suffisamment grave pour que les commissaires administratifs se saisissent de cette affaire en toute urgence et rassurent dans les plus brefs délais les protagonistes. Sinon, la situation deviendra intenable pour les commissaires de courses, qui, à notre humble avis tirent plutôt correctement les marrons du feu, même s'ils laissent ici et là "room for gossip ". S'il ne faut pas donner trop d'importance aux palabres sur les questions de nationalité, il faut par contre mesurer à leur juste valeur les interrogations sur le rule 160 (i), et puis d'autres actes qui ne relèvent pas directement des Racing Stewards, mais qui y sont liés et qui minent leur autorité comme ces variations de rating ou les changements du poids maximal qui continuent à pénaliser injustement les chevaux du haut de tableau.

Il faut rapidement rétablir la confiance entre cette instance indispensable aux courses et toutes les autres parties en rappelant aux uns et aux autres qu'elle n'est pas l'affaire d'un seul homme, mais bien celle d'une équipe et que les décisions sont collégiales, constantes mais aussi fair. C'est le défi qu'ont à relever hebdomadairement - et ce n'est pas une mince affaire - Ian Paterson, Stéphane de Chalain, Michel Halbwachs, Marc Piat, Tanvir Adamjee, le Dr Abdoollah Atchia et Julie Cautres qui ont une tâche ingrate mais pas le droit à l'erreur. Ils avaient pourtant passé le test avec satisfaction la saison passée !