Turf Magazine


Éditorial
Stimulus package Bernard Delaitre

Deux divorces entre propriétaires et écuries ont été enregistrés ces dernières semaines. Paradoxalement - mais cela n'est pas une surprise dans le contexte mauricien - ce sont deux écuries qui ont remporté des courses cette semaine qui connaissent tous les désagréments liés à ce type d'événements qui laissent souvent des traces de désamour graves après pourtant des grands moments de bonheur partagé à l'occasion de victoires mémorables. Mais voilà, l'argent des paris étant le nerf de la guerre des courses hippiques dans notre pays - surtout lorsqu'il est perdu malgré les victoires - la rancœur s'installe et l'incompréhension grandit d'autant plus que le sentiment - ce qui n'est pas nécessairement la réalité - de traitements différenciés entre membres est fortement ressenti, avec à la clé des expressions excessives de joies ou de bouderies lors de l'accueil des gagnants sur la piste ou des extrêmes colères et frustrations exprimées sous forme de violence dans l'enceinte même des loges dans une impunité qui pourrait faire paraître sévères les sanctions contre les Balgobin et Foo Kune.

Mais il y a aussi des cultures hippiques diamétralement opposées entre propriétaires et entraîneurs de courses et dans ces cas-là, le divorce est sans doute souhaitable car, pour faire partie d'une même équipe, il faut avoir au moins la même vision et défendre les mêmes valeurs. En tout cas, le concept d'écurie privilégie cela et c'est la raison pour laquelle nous nourrissons une certaine allergie à cette philosophie de groupe qui tend à réunir plus " les siens " naturellement et rend d'une hypocrisie criante et inefficiente sur le moyen et long terme tout amalgame d'une autre nature. Ce concept à la mauricienne a connu ses heures de gloire mais il est dépassé.

Ces remous inévitables dans le schéma actuel relèvent à la surface les problèmes récurrents de transferts de chevaux, de la propriété réelle de ces équidés, du paiement ou non de l'entretien des chevaux, de la réception des stakesmoney, de celle de la rémunération des vétérinaires et des médicaments, enfin tous les ingrédients d'un divorce difficile dans le domaine sur des sujets qui, en temps de lune de miel, survit et fleurit dans un flou qui convient à toutes les parties. Bref, le " batte batté " mauricien par excellence. Il est temps d'en finir avec cette pratique inadaptée aux récents avancements de notre hippisme et de professionnaliser cet aspect une fois pour toutes afin de se rapprocher davantage des politiques de grands centres hippiques de la planète.

Selon des informations dont nous disposons, le Mauritius Turf Club est saisi du problème et compte prendre les taureaux par les cornes dans cette période où la crise économique rend plus tendus les rapports entre professionnels de course. Il projette dans un premier temps de faire l'interface entre ces parties en s'assurant que les prestataires de service que sont les entraîneurs et les vétérinaires soient payés leur " keep " et soins par les propriétaires et de s'assurer en retour que les propriétaires reçoivent leur juste dû des stakesmoney récoltés par leurs chevaux. Cette démarche est louable mais nous sommes convaincus que ce n'est pas le rôle du MTC de brandir la carte du paternalisme en étant partie prenante du règlement quotidien de tous ces processus entre professionnels. Il doit être au dessus de la mêlée et mettre en place des structures pour que ces processus fonctionnent et sanctionner ceux qui ne les respectent pas.

De même une réglementation pour rendre la plus transparente possible la propriété des chevaux et libéraliser le métier d'entraîneur serait la bienvenue.

Comme c'est le cas aujourd'hui dans n'importe quel centre hippique mondial digne de ce nom, le propriétaire ou le syndicat de propriétaires doit être individuellement ou collectivement une entité acceptée selon des critères clairement définis et égaux pour tous. Nous pourrions à ce chapitre nous inspirer du modèle de France Galop qui vient d'intégrer l'un de nos compatriotes, Serge Seenyen, propriétaire de Mr Brock, désormais entraîné par la grandissime Criquette Head, parmi les siens : " Etape 1 : Dans un souci de préserver l'intégrité du monde hippique, chaque nouveau propriétaire doit répondre à une enquête de moralité et justifier de revenus suffisants pour assurer l'entretien de son cheval. Une fois l'agrément validé par les Commissaires de France Galop, des couleurs et un numéro de compte à France Galop sont attribués. Etape 2 : France Galop propose alors d'établir les toques et casaques. Etape 3 : Choisir un entraîneur de confiance. La relation propriétaire - entraîneur est fondamentale dans le succès d'une écurie de course. L'entraîneur doit donc être une personne de toute confiance sur laquelle vous reposer. Une convention d'entraînement établie au préalable peut permettre de mieux formaliser cette association (frais d'entretien du cheval, assurances, transactions, responsabilités…). Un modèle de convention est fourni sur simple demande au Département Propriétaires. "

Quant au métier d'entraîneur dont la plupart de ceux qui l'exercent à Maurice sont aujourd'hui à la fleur de l'âge, l'avenir semble des plus incertains et le secteur reste trop étroit et fermé. S'il y a bien des fils pour prendre le relais après avoir fait le " pupillage " chez " papi ", la grande majorité des entraînements n'a aujourd'hui pas de relève et des jeunes loups bien formés aux réalités du jour font cruellement défaut. Ceux qui prétendent assurer à l'avenir ce délicat métier devront au moins répondre à ces critères généralement exigés, en Australie par exemple, pour exercer, c'est-à-dire le Certificate IV in Racing (Racehorse Trainer) et /ou Diploma of Racing (Racehorse Trainer) :"A racehorse trainer is a person who is licensed to operate a business that trains horses under racing industry regulated licensing criteria for the purpose of competing in industry-regulated events. The trainer is responsible for the care, maintenance and racing performance of the animals. A trainer at this level has developed a sound knowledge of all aspects of the industry and has acquired competencies that enable performance of all tasks and duties associated with running a racing establishment, including managing staff, finances and equipment. The trainer is required to solve unpredictable problems by the analysis and evaluation of information and demonstrate broad knowledge in a variety of contexts. Knowledge of industry rules and legal procedures is essential. The supply of livestock is an essential part of the racing industry. Trainers are required to act for owners in advising on the purchase of livestock. This involves knowledge of pedigree, conformation and animal physiology as well as the rules relating to partnerships and syndication."

Tout un programme qui mérite une réflexion profonde et des actions rapides. L'hippisme mauricien aussi a besoin de son stimulus package : de l'argent, certes, mais aussi plus de savoir-faire et plus de responsabilité pour mériter les indispensables propriétaires dignes, respectables et respectés …