Turf Magazine


Éditorial
Fortunes diverses Bernard Delaitre

La finale de la coupe d'Europe, hier soir, a couronné un beau vainqueur en l'équipe de Barcelone qui l'a emporté très facilement et cette victoire ne souffre d'aucune contestation possible. Mais le spectacle offert était d'un niveau très moyen, l'équipe de Manchester United n'ayant opposé qu'une résistance timide. En fait il n'y a pas eu de match et pas eu de grands moments d'émotion ou de vibration. A l'opposé samedi dernier l'épreuve principale nous a offert un beau spectacle, une arrivée dans un mouchoir et un intense moment de plaisir. Des courses comme cela on en redemande. A l'exception de Solar Symbol qui en penchant sur la gauche dans la dernière ligne a créé des remous au point de faire perdre la course à Flavius, tous les participants à cette épreuve se sont donnés a fond et il a fallu avoir recours à la photo finish pour départager le gagnant et son dauphin mais aussi pour les autres places. C'est finalement Winter Wind, le pensionnaire de l'écurie Allet qui s'est imposé au terme d'une monte pleine de sagesse et de patience de Jean Roland Boutanive qui a soufflé de peu la victoire a Flaivius et Fashion Editor qu'on attenedait pas à pareille fête

Flavius est décidément très malheureux en ce début de saison 2009 puisqu'en deux occasions les errements d'un adversaire lui prive d'une victoire certaine et comble de malheur les deux fois ce sont Solar Symbol et Herholdt les responsables. Mais il ne fait aucun doute que cet excellent coursier de l'écurie Serge Henry difficile conjurera ce mauvais sort très rapidement et visitera sous peu le winner's enclosure.

Sa tache sera sans doute facilitée et ce serait plus fair envers ce cheval, mais aussi pour d'autres chevaux de bonne valeur, s'il portait comme le suggère la politique de handicap du MTC cette saison, le minimum top weight de 59 kgs au lieu des 60 kgs qu'il a porté samedi dernier, ce qui est certes aussi conforme aux règlements qui autorise le handicapeur à imposer au top-weight une charge supplémentaire -- et par ricochet aux autres partants -- pouvant aller jusqu'à 62 kgs pour les épreuves de rating 60 + et 65 + et ce sur des distances inférieures à 1600 mètres. Mais chacun comprendra qu'uns surcharge en haut du tableau est plus punitif qu'une surcharge en bas de tableau. On comprend bien le souci de vouloir faire le plein des stalles de départ dans les épreuves majeures et encourager des chevaux de rating inferieur de venir se mesurer à ceux de l'élite. Mais samedi dernier, Da Lad et Eli's Connection auraient bien pu porter 52.5 kg et le top-weight Flavius 59 kgs. Et tout le monde y aurait trouvé son compte. A moins qu'il y ait une politique, non-déclarée celle- là, acceptable dans une perspective élitiste mais dommageable pour le fairness du handicap, de relever le poids en général afin de permettre aux jockeys attitrés des écuries de pouvoir honorer leurs engagements.

Dans la même perspective le remplacement récent du mauricien Nishal Teeha par le sud-africain Francois Herholdt sur Majuba's Flag n'a pas laissé insensible les autorités mauriciennes qui ont officiellement fait savoir au MTC de faire respecter à la lettre les conditions du permis de travail à l'effet que les jockeys étrangers ne montent que pour leurs employeurs seulement. Cette rigidité n'est pas nécessairement bonne pour les courses car il aurait fallu que dans des cas spécifiques les commissaires de course puisse remplacer un jockey par un confrère de même calibre, quelque soit sa nationalité, mais le fait que de bons cavaliers mauriciens soient aussi souvent laissés sur la touche, alors qu'ils sont capables de faire jeu égal avec leurs collègues étrangers, font que certains d'entre eux ont fait part de leurs griefs à qui de droit avec le résultat qu'on connaît aujourd'hui. La preuve s'il en fallait ce que l'écurie Allet qui avait sollicité samedi dernier les services de Glen Hatt pour remplacer son jockey Yashin Emamdee, malade, sur Fiddler's Green s'est finalement rabattu sur Nishal Teeha qui s'est imposé sans coup férir. Il en fut de même pour deux autres épreuves où le même Nishal Teeha sur Révolution et Jean Roland Boutanive sur Winter Wind ont avantageusement suppléé à l'absence de leur collègue.

L'autre sujet de débat cette semaine a été la rétrogradation logique de Tuff Stuff au profit d'Amalgam dans l'épreuve d'ouverture de samedi dernier. Des professionnels de courses ont ouvertement fait part de leur étonnement du manque de sévérité de la sanction ensuite infligée au jockey en invoquant d'occultes protections. Pour être tout a fait fair envers les commissaires de courses qui font savoir que cette décision est unanime, il faut faire remarquer que pour les deux autres cas de rétrogradation qui ont eu lieu sous leur juridiction, la première fois, hormis la rétrogradation aucune sanction ne fut administrée au jockey Whitmore sur Funnyside, et la deuxième fois, la retrogradation de Germany On pour avoir gêné deux autres concurrents dans la ligne droite finale avait valu au jockey Faucon, une amende de Rs 20,000, la même que celle appliquée à Shayne Dye. Il y a donc en matière de rétrogradation une certaine constance. Mais il reste que comparé à d'autres sanctions comme celle appliquée à l'encontre d'Hanotel pour la Duchesse, il semble qu'il n'y ait pas d'adéquation. En tout cas une clarification est nécessaire à ce sujet. Pour en revenir à la faute de Shane Dye, nous pensons qu'au delà de la simple gêne occasionnée par le shift-in de son cheval dans l'incident de la première course, une sanction supplémentaire s'imposait du fait qu'à aucun moment le jockey n'a semblé vouloir éviter l'incident et que ce manquement a failli couter une chute a un collègue avec des conséquences graves. Lui qui a connu les affres d'une vilaine chute à Hong Kong aurait sans doute du faire preuve de plus d'attention à ce sujet. Le cri du cœur de Christian Hanotel dans nos colonnes est éloquent : " Je croyais que j'allais avec le cheval me retrouver sur la piste en sable…Franchement je ne veux pas dramatiser mais j'ai eu très peur ".

La victoire à tout prix ne peut tout justifier.