Turf Magazine


Éditorial
Greats never die Bernard Delaitre

Les amoureux de belles courses et du talent à l'état pur ont été servis samedi dernier au Champ de Mars et tout le monde s'en réjouit. D'abord le cheval Short Corner qui a aligné sa sixième victoire consécutive à Maurice dans un style remarquable au terme d'un parcours difficile où certains de ses adversaires étaient plus intéressés à lui rendre la vie dure qu'à défendre leur propre chance. Ce qui démontre qu'il en a encore sous les sabots. Son incursion dans la cour des grands après une progression constante dans l'échelle des valeurs en catégorie inférieure s'est jusqu'ici soldée par deux succès, mais le handicap était définitivement à son avantage et il peut s'estimer heureux que l'un de ses adversaires du jour, Flavius, n'ait pas eu toutes ses aises en fin de parcours. Désormais, sa tâche s'annoncera plus problématique en pareille compagnie, mais ce cheval généreux doté de vitesse initiale et d'une accélération foudroyante en fin de parcours peut encore nous étonner. En tout cas, on se délecte d'avance des belles joutes qui s'annoncent dans les semaines à venir, en particulier avec le retour annoncé de Sentinal…

L'autre fait d'armes de cette journée fut sans conteste le premier coup de quatre réalisé cette saison par l'écurie Rousset. On connaît les qualités de préparateur de Gilbert Rousset et de son assistant Soodesh Seesurrun et on ne s'étonne pas de cette réalisation mais il est un fait qu'elle a aussi été accomplie grâce à l'apport du jockey Shane Dye qui a confirmé sa réputation de sérieux et de maîtrise, au dessus de la moyenne, de son métier qui, lorsqu'il est accompli a ce niveau, devient de l'art. On avait pu craindre un instant que ce jockey qui a connu l'apothéose de sa profession en Australie et à Hong Kong avait perdu de sa motivation après son terrible accident en course dans la péninsule chinoise et le fait qu'il ait été laissé sur la touche depuis plus d'un an à Sydney pour des raisons peu claires. Mais, samedi dernier, il nous a rassurés. On ne peut qu'espérer qu'il continue sur cette lancée et qu'il ne se laisse pas prendre par le virus mauricien qui entraîne ceux qui le veulent dans d'autres voies que celles du succès et du respect des turfistes. Déjà, dit-on, des vautours lui tournent autour. En tout cas, avec l'arrivée cette semaine de Danny Nikolic, un autre grand de l'hippisme australien, la compétition s'annonce de haute volée avec la présence d'autres jockeys confirmés chez nous, comme Glen Hatt et Gaëtan Faucon.

Pour que cette compétition soit la plus palpitante il faut aussi que les chevaux soient au meilleur de leurs possibilités lorsqu'ils sont entrés dans une épreuve. Un courrier dans le dernier Racetime, magazine officiel du Mauritius Turf Club (MTC) signé d'Avinash Heeralall, nous interpelle à plus d'un titre. Ce membre du MTC affirme en substance qu'il "was quite surprise that Gold Bid was allowed to take part in the feature race of the third meeting…My concern is that the horse was unfit to race. It has been carrying an injury to the left hind fetlock for at least two weeks prior to taking part in that race and with visible signs of swelling/lameness. I would like to be clarified on which grounds and/or veterinary advice this horse was declared fit to race as in my opinion it was not in the general interest of the public. The horse's dismal performance is well reflected in race steward's report and it is unfortunate that the horse had to be retired after this race". A quoi les officiels du MTC lui ont répondu que le cheval avait été examiné par un vétérinaire du club et qu'il avait été déclaré apte à courir…

Cette réponse laconique et peu convaincante eu égard à l'état réel de ce cheval avant la course et sa performance médiocre démontre qu'il y a une certaine gêne quelque part…Nous ne polémiquerons pas davantage sur cette affaire, car il y en a d'autres, mais elle est, à notre sens, le reflet d'un défaut de synergie totale, constante et basée sur une confiance absolue entre les trois instances maîtresses du contrôle des courses que sont les Racing stewards, le laboratoire et les vétérinaires. Ray Murrihy, le chief Stipe de Sydney expliquait en substance tout cela lors de la 11eme conférence des Racing Analysts and Veterinarians qui s'est tenue dans le Queensland récemment: " The integrity of racing, and the accountability of its participants, rely heavily on the team work between these 3 vital industry players…In addition to the provision of a level playing field, these industry players are responsible primarily for maintaining public confidence in the industry at large and also to reinforce standards of horse welfare acceptable to the community."

Et là, sans vouloir mettre en doute les compétences et l'intégrité des uns et des autres, il apparaît que le rôle du vétérinaire à Maurice est pour l'heure la maillon faible de cette trilogie. Et cela pour une raison bien simple : conflit d'intérêt. Car les vétérinaires qui travaillent pour le MTC sont aussi les prestataires de service des chevaux qu'ils doivent contrôler. Nous insistons sur le fait qu'il ne s'agit pas ici de pointer du doigt l'un ou l'autre de nos vétérinaires qui se dévouent corps et âme pour nous présenter en courses des chevaux dignes de ce nom, mais il s'agit ici d'un principe de base qui rassurerait le public. Les commissaires administratifs ont désormais le devoir d'agir dans ce sens : les courses mauriciennes ont besoin d'un vétérinaire indépendant et d'expérience, employé par le club, et qui ne travaillerait pour aucune des écuries en compétition. " The veternarian must always adopt an independant stance and provide stewards with professionnal unbiased and objective advice… " ajoute Ray Murrihy dans son exposé dans lequel il affirme aussi avec force, au chapitre Determinig fitness to race, que : " the power to withdraw a horse from its race engagement is held solely by the stewards. The veterinarian cannot independently make such a decision…At requests for examination from the parade to the barrier loading, the veterinarian must make a subjective judgment and, if any doubt, recommend the withdrawal of the horse."

Avec ces principes énoncés dans une totale clarté et transparence on aurait sans doute fait l'économie des interrogations salutaires, pour ne pas dire des insinuations, de Mr Heeralall et produit des explications plus fournies et acceptables sur ces étranges permissions de courir…