Turf Magazine


Éditorial
De bonnes intentions Bernard Delaitre

Il ne manque que le communiqué pour le rendre officiel, mais la nouvelle a été confirmée : les commissaires administratifs ont gelé le changement de règle imaginé dans le cas des overweight et ont décidé qu'il ne rentrera pas en vigueur cette année. Une décision avisée et logique qui doit cependant être finale. Point à la ligne. Il n'y a pas à ménager le chou et la chèvre. Il faut de temps à autre un remède de cheval pour remettre les choses dans leur vraie perspective et la direction du club a eu raison de démontrer que les garde-fous fonctionnent et on ne peut qu'être rassuré de ses bonnes intentions.

Cela dit, les problèmes du handicap ne sont pas pour autant tous réglés, surtout ceux intervenant dans le sillage de modifications permanentes de fourchette de rating dans les conditions de courses. A terme, selon l'avis de nos experts, elles perturbent l'allocation des pénalités et rendent illogique l'évolution des ratings attribués aux chevaux. On peut comprendre que cette politique d'adaptation des fourchettes de rating résulte du souci d'engager le maximum de chevaux dans une course pour rendre le betting plus intéressant, mais une utilisation judicieuse de cette "anomalie" par des entraîneurs ayant une bonne maîtrise du handicap mettrait régulièrement certains de leurs coursiers dans une position avantageuse mais injuste. Une analyse approfondie de cette question par un comité d'experts permettrait de confirmer sans doute nos craintes mais, en tout cas, elle rassurerait tout le monde sur les bonnes intentions de la direction du MTC.

De bonnes intentions qui doivent être suivies par une politique transparente et impitoyable à l'encontre des jockeys fautifs d'incartades graves en course dans notre pays. Aujourd'hui, dans les circonstances de concurrence maximale, tout dérapage pouvant ternir sa réputation est un véritable crime contre l'industrie hippique tout entière. Et ces fautifs doivent être éjectés sans ménagement.

Dans ce chapitre, la deuxième faute qui a entraîné la nouvelle suspension du jockey de l'écurie Fok, Sherman Brown, en trois journées seulement alors qu'il est encore dans l'attente d'un appel pour le premier cas pour lequel il a plaidé coupable est révoltante et démontre, s'il le fallait, que la sanction précédente n'avait rien de dissuasif.

C'est un secret de polichinelle qu'avant même que ne débute la saison les jours de Sherman Brown dans notre pays étaient comptés. D'ailleurs, dans le giron même du Mauritius Turf Club (MTC) et des quartiers de son écurie, on ne souhaitait pas sa venue, mais le fait qu'il est un des jockeys champions sortants a fait que moralement cette interdiction de monter n'était pas envisageable.

On ne pleurera pas sur son sort, même s'il est évident qu'au bout du compte il n'est aussi qu'une victime d'un système où il n'a souvent qu'un choix: celui d'obéir aux ordres pour commettre ces incartades . Des ordres de qui ? Pourquoi ? Ces questions pertinentes ne semblent intéresser personne puisqu'elles pourraient s'avérer embarrassantes. Mais tant qu'on aura pas le courage et la volonté d'inquiéter les vrais commanditaires de ces actes manqués, ceux-ci continueront à se perpétrer avec - lorsque la faute est trop grossière - à la clé l'éjection du jockey, complice consentant, qu'on remplacera par un autre comme une vulgaire paire de chaussettes.

Exit Brown, enter Danny Nikolic. L'ecurie Fok, qui connaît un début de saison laborieux - contrairement au départ canon de Serge Henry qui cumule au compteur déjà sept victoires en trois journées- affiche clairement ses ambitions en engageant un jockey de premier plan venu d'Australie. On a dû mettre le paquet et avoir des arguments sonnants et trébuchants pour se payer les services d'un jockey de ce calibre. S'il se montre à la hauteur de sa réputation, Danny Nikolic pourrait rapidement jouer les premiers rôles d'autant plus que l'écurie Fok entend bien décrocher le titre qui lui a échappé de si peu ces dernières années. Avec son compatriote Shane Dye et le Sud-Africain Glen Hatt, des anciens qui ont encore de beaux restes, et le Français Gaëtan Faucon, au sommet de son art ces jours-ci, cela faisait longtemps qu'on n'avait pas eu une si belle brochette de jockeys de talent au Champ de Mars. Cela nous promet de belles joutes à condition bien sûr que seule la compétition les motive tous.

En tout cas, avec la présence de ces deux jockeys populaires australiens qui ont toujours fait partie du top ten de leur pays à Melbourne et à Sydney, jamais la presse, pas seulement hippique de ce pays, n'a autant parlé de notre pays. Un superbe coup de pub qui démontre que l'hippisme peut nous remettre sur la carte mondiale pour de bonnes raisons. C'est peut-être le moment pour les responsables de notre industrie hippique de nouer les contacts avec leurs homologues australiens et développer des partenariats qui ne pourront que tirer nos courses vers le haut.