Turf Magazine


Éditorial
Résoudre le "bug" Bernard Delaitre

Les fortes pluies de la fin de semaine dernière avaient un instant fait craindre une annulation de la deuxième réunion hippique de l'année, mais les cieux ayant calmé leurs ardeurs, les dirigeants du Mauritius Turf Club ont pris la bonne décision de maintenir cette journée malgré la piste détrempée. Bon nombre de turfistes mauriciens et la plupart des professionnels de courses ne sont pas très friands de ce type de conditions rarissimes car les données changent et la maîtrise sur le déroulement des courses n'est plus aussi évidente. Mais il faut accepter de temps à autre que les chevaux qui apprécient le terrain lourd, les nageurs, soient dans leur élément de prédilection.

En tout cas, les pronostiqueurs et les parieurs ont été déroutés par les résultats de certaines courses et le carry forward des Pick 6 et Pick 7, entre autres, illustrent bien cette situation. Mais ce serait naïf de tout attribuer au mauvais terrain qui s'est, il est vrai, détérioré au fil de l'après-midi et les jockeys ont allégrement abusé de la largeur de la piste pour rechercher le bon terrain en délaissant la corde devenue au fil des courses un champ de labeur. Il y a aussi à ce stade de la saison la condition physique avancée de certains concurrents qui a fait parler la supériorité des uns sur les autres. Et il demeure toujours des performances qui nous laissent pantois… On attend les prochaines sorties de ces chevaux "surprises" avec impatience.

La déception cette semaine est venue de l'excellent coursier Hold My Jacket, considéré comme la certitude du jour, qui a échoué d'une tête après avoir pourtant fait une course idéale comme lors de la journée internationale. Soit ce cheval a de vrais problèmes de tenue engendrés cette fois par l'état de la piste, soit il a une fâcheuse tendance à mettre les freins lorsqu'il se retrouve en tête loin du poteau d'arrivée. En tout cas, en fin de course, il a montré une belle combativité et il ne devrait pas tarder à retrouver la winner's enclosure lorsque son entraîneur et son jockey auront trouvé le bug. Autrement, ce sont les chevaux de l'écurie championne, Serge Henry, dans une condition remarquable, qui ont tapé dans l'œil des observateurs. Soul Power et Quinn continuent à étonner suite à leur série victorieuse de l'année dernière alors qu'Anti-Freeze a montré de réels moyens dont on attend confirmation dans la foulée. Ce triplé, qui survient après le doublé de la journée initiale en dit long sur les ambitions de l'écurie Henry, d'autant plus que son jockey Gaëtan Faucon monte en grande confiance. Les chevaux du runner-up des écuries, Fok, ont aussi montré de bonnes dispositions et les victoires en série sont tout proches. En tout cas, il faudra compter avec le nouveau Northern Frontier dans la Duchesse 2009.

Il y a une question qui taraude le monde hippique en ce moment. Les turfistes voudraient savoir comment les décisions concernant les courses sont prises, quand, pourquoi, par qui. Est-ce la vision unilatérale du Director of Racing ou l'émanation d'un comité de sages dédié à cette fin ? À moins qu'il n'y ait pas suffisamment de compétences au sein de l'institution pour tackle ces technicités hippiques, ce qui donne de facto carte blanche à M. Ian Paterson.

Ces interrogations illustrent l'exemple même de ce qui peut entraîner à terme un malaise plus profond si les choses ne sont pas prises en main au moment opportun. Sans qu'il y ait vraiment contestation des décisions prises, des voix hippiques s'élèvent - mais veulent demeurer anonymes pour se mettre à l'abri des foudres inutiles - pour exprimer l'inquiétude et le regret d'être des left-outs dans le processus de réflexion et de prise de ces décisions capitales.

Ainsi, les récentes propositions pour ce qui est du changement des règles du handicap concernant le overweight ont été plutôt mal perçues car il n'y aurait pas eu de discussions préalables concernant le problème. Il a fallu une protestation des entraîneurs pour que cette question soit prise sur le fond avec eux. On ne sait si le panel des handicapeurs, qui demeure dans un mutisme inquiétant dans un état de droit, a été consulté ou mis devant le fait accompli. Mais il est clair que cette histoire embarrasse car personne au MTC, hier, ne pouvait nous confirmer avec certitude si cette règle avait été finalement entérinée ou non. En tout cas, aucune information ne figure à ce sujet sur le site Internet du MTC et aucun communiqué n'est parvenu à nos salles de rédaction.

De quoi s'agit-il ? Dorénavant, les chevaux dont les jockeys n'ont pu faire le poids ne seront pas pénalisés à partir du poids qu'ils ont porté en course, en cas de victoire ou d'accessits, si leur overweight dépasse 1,5 kg. À titre d'exemple, si un cheval a porté 3 kg de surcharge, son poids de référence ne serait que 1,5 kg de son poids inscrit au programme. Une remise en cause illogique d'un principe fondamental du handicap.

D'abord, peut-on changer les règles alors même que la compétition a déjà commencé ? Non, généralement, car ces changements peuvent ne pas toujours garantir le fairness. On a bien vu l'an dernier combien la modification des règles en cours de saison concernant l'attribution de l'écurie championne avait sensiblement perturbé cette compétition. Pour changer un règlement aussi important, il faudrait une cause majeure avec l'assentiment fort de toutes les parties et non d'une faible majorité émanant de l'appui des professionnels (?) de courses avouant leur incompréhension du sujet.

Notre consultant et spécialiste en matière de handicap nous affirme que cette question d'overweight ne se poserait pas si on se passait des courses de rating à 60+ alors qu'il existe des courses de rating à 65+. Car, en jetant un coup d'œil sur les effectifs des écuries, on note que les chevaux figurant dans la fourchette de rating 60-64 se comptent sur les doigts d'une main et ne concerne qu'une infime minorité, ce qui est certes insuffisant pour modifier une règle d'or du handicap qui veut que le cheval soit jugé sur le poids effectivement porté en course et non celui figurant au programme ou encore moins modifié par des règles atténuantes. D'autre part, il existe des jockeys (pas des apprentis) qui montent à 50 kg et si l'entraîneur décide de confier la monte à son jockey titulaire, c'est qu'il considère que malgré cette surcharge de poids son cheval a plus de chance. S'il a profité de ce choix en gagnant, pourquoi donc lui faire cette faveur ?

De toute évidence, même si la motivation peut paraître louable, c'est-à-dire avoir des capacity fields dans les épreuves principales, cette tendance de modifier des règles en cours de route est dangereuse, d'autant plus qu'elle ne concerne que peu de chevaux, et la corrélation qu'on tente de faire avec l'augmentation du poids minimum ne tient pas la route.

Il y a définitivement un bug dans le processus de prise de décision en matière purement hippique en ce moment et il serait dangereux et de mauvais conseil de laisser se développer un one-man show qui a été si néfaste à notre industrie dans le passé.