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Il y a toujours une grande part d'appréhension de la part
de l'entourage d'un grandissime favori avant le déroulement
d'une épreuve. Il faut, en effet, confirmer cette position
de supériorité reconnue des spécialistes
et des parieurs au betting par une victoire sur la piste. Et ce
n'est pas si évident que cela, car une course est tellement
semée d'impondérables que tout reste possible tant
que le poteau d'arrivée n'est pas franchi. Demandez par
exemple à Patrick Merven ce qu'il a ressenti lorsque son
protégé Lone Star Park, promis à la victoire
à deux mètres seulement de l'arrivée, se
la fait subtiliser par Bobbys Shoes dans la première course.
Une grande déception, une pincée de colère,
un peu d'amertume et puis, en toute sportivité, il a accepté
la défaite, mais il est sans doute resté toute la
journée miné par un sentiment de regret.
Nous ne savons pas si cette expérience malheureuse de l'un
de ses collègues l'a influencé, mais Alain Perdrau
a dû vivre l'attente de la course principale, repoussée
d'une petite demi-heure sur l'horaire habituel, dans une fébrilité
compréhensible et une angoisse particulière. Il
avait le meilleur cheval, le meilleur jockey et une bonne ligne,
mais encore fallait-il que cette première course de Groupe
1 de l'histoire de l'hippisme mauricien soit courue pour qu'il
retrouve quelque part un semblant de sérénité.
On a beau avoir gagné trois fois le Barbé, Urban
Cowboy (1999), World Focus (2003, 2006), il n'en demeure pas moins
vrai que le coeur bat la chamade lorsque les boîtes de départ
s'ouvrent enfin
1m37.29 plus tard l'émotion est tout
autre : d'abord le soulagement, puis la joie et enfin la satisfaction
du travail bien fait. En fait, l'incertitude n'a duré que
1200 mètres car dès que son jockey se fut dépêtré
du piège qui semblait se renfermer sur son cheval à
400 mètres du disque, le doute, s'il y en a eu, n'a plus
été qu'un mauvais souvenir. Son champion passa la
surmultipliée à l'entrée de la ligne droite
finale et la messe était dite. Les autres n'avaient plus
qu'à se disputer les accessits.
Les héros de cette victoire sensationnelle se nomment SENTINAL
et Glen Hatt. Ils formaient le meilleur duo dans cette course
et ils l'ont prouvé à la plus grande joie de l'entraîneur
Alain Perdrau, de son assistant et fils Yannick, et de ses propriétaires,
M. et Mme Daniel Ducasse, MM. Young Leeve Lee Fung Lan, Mike Lennon
et Daphniss Honiss.. Qu'ils soient tous, ici, salués et
félicités pour le parcours remarquable de leur coursier
devenu en neuf sorties -pour huit victoires et une deuxième
place malchanceuse - le véritable crack de 2008. Qu'ils
soient aussi remerciés de nous donner la chance d'admirer
les exploits de leur champion sur notre vieux Champ de Mars, théâtre
en ce samedi d'une course mémorable.
Le meilleur cheval a gagné et il était le grandissime
favori, c'est-à-dire le premier choix des turfistes. C'est
la meilleure récompense que l'on pouvait donner aux artisans
de la nouvelle configuration de l'hippisme mauricien. Le public
particulièrement nombreux pour un samedi et les téléspectateurs
aussi en hausse, ont eu le privilège d'assister à
une course qui fait honneur à cette industrie. Même
les non-initiés ont apprécié. C'était
à cette occasion la meilleure publicité que l'on
a faite aux courses mauriciennes depuis longtemps. Les images
de Glen Hatt associant, d'abord, au succès de Sentinal
ceux qui s'en occupent le plus, les palefreniers Dooky et Kéblé,
ont fait mouche et donnent encore plus de valeur au travail d'équipe
derrière la consécration d'un champion. Comme quoi
l'initiative de Ricky Maingard, l'an dernier, de faire accueillir
les vainqueurs par le chef d'écurie et le palefrenier du
cheval a fait son chemin et visiblement le bon. Hormis Sentinal,
trois autres partants méritent d'être cités:
d'abord Winter Wind, deuxième, en net regain de forme et
qui sera encore plus redoutable sur plus long, ensuite Men of
Rheims, troisième, qui a prouvé que sa place chez
l'élite n'était pas usurpée et enfin Ndabeni,
très malheureux à l'entrée de la ligne droite
et qui, mieux monté, aurait sans doute poussé le
vainqueur dans ses derniers retranchements si l'on s'en tient
à sa fin de course époustouflante
Il y a de
quoi raviver les regrets et maudire cette onzième ligne
au départ !
Cette belle journée a aussi été celle des
favoris qui, pour la plupart, ont été à la
hauteur de la confiance placée en eux par les turfistes.
Et c'est tant mieux, même si les amateurs de cotes spéculatives
sont restés sur leur faim. Au lieu de ruminer sur les faibles
gains offerts, ils doivent désormais s'atteler davantage
à parier au "lévé pilé"
chez les Tote et le "double ou treble" chez les bookmakers
qui, pour leur part, devraient offrir ce type de paris au plus
grand nombre au lieu de le réserver à une poignée
d'initiés seulement. Ce sont ces paris doublés de
la couverture obligatoire des bookmakers chez leurs confrères
qui donnent les cotes si élevées pour les favoris
comme on a pu le constater samedi dernier.
En tout cas, une fois n'est pas coutume, il faut saluer l'ensemble
de la profession pour la journée remarquable à laquelle
nous avons pu assister samedi dernier, car chacun a joué
le jeu à fond, que ce soit dans les coulisses ou sur la
piste. Il y a bien eu des tentatives malsaines, mais les commissaires
de courses ont annihilé toute initiative dans ce sens en
rappelant à l'ordre ceux qui auraient entendu les sirènes
tentatrices. Pourvu que cela dure, et il ne faut pas relâcher
la vigilance à tous les niveaux. La confirmation, mercredi,
par le board d'appel, des sanctions infligées au jockey
mauricien Teeha est dans ce sens un signal fort et apprécié
!
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